Interview écrite croisée autour de l’électromobilité entre le Pôle Véhicule du Futur et Delmonicos

L’un est Directeur de programmes au Pôle Véhicule du Futur, l’autre dirige une start-up développant une solution qui améliore l’expérience de recharge des véhicules électriques. Ils avaient forcément des choses à se dire ! Rencontre avec Interview croisée entre Sébastien Humbert et Franck Legardeur

 

 

  • Peut-on revenir sur le contexte qui vous voit réunis aujourd’hui, comment la rencontre a-t-elle eu lieu ?

SH : Le Pôle Véhicule du Futur (PVF) a été contacté par la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) fin juin 2021, suite à la création de la startup DELMONICOS, acteur dans le domaine de l’électromobilité et experte en blockchain. Le Pôle s’intéressant aux nouveaux acteurs de la région ainsi qu’aux nouvelles technologies, s’est tout naturellement rapproché de la startup par l’intermédiaire de Michel ONFRAY, Directeur Général de LUMENA (Start-up Studio), qui hébergeait DELMONICOS. S’en est suivi quelques jours plus tard une visio où j’ai pu échanger avec Franck Legardeur. L’idée de la blockchain associée à l’électromobilité m’a convaincu. Franck Legardeur a parfaitement résumé les problématiques auxquelles les utilisateurs de véhicules électriques sont confrontés lors du rechargement aux bornes. J’ai proposé les services du Pôle à DELMONICOS qui, peu de temps après y adhérait.

 

FL : Comme Sébastien vient de l’évoquer, c’est à la demande de la DREAL, dans le cadre d’un dépôt de dossier, que nous avons été contactés par PVF. Pour une startup du Grand-Est, nous étions ravis de nous rapprocher de cet acteur majeur de l’innovation et de la mobilité de la région. La présentation de la solution Delmonicos à leurs experts nous a convaincu de l’importance d’adhérer au Pôle. Nous sommes depuis labellisé et régulièrement en contact sur différents sujets, toujours liés à la mobilité.

 

  • Sébastien, parlez-nous de l’activité de PVF et dites-nous en quoi est-ce important pour vous d’être rejoint par des acteurs comme DELMONICOS ?

SH : Le Pôle est d’abord présent sur les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand-Est, dans le domaine des transports et de la mobilité du futur. L’activité repose notamment sur deux missions :

  • Développer l’innovation
  • Améliorer la performance industrielle des entreprises de la filière automobile.

Mon rôle consiste à accompagner les adhérents qui souhaitent développer des projets d’innovation individuels ou collaboratifs en particulier autour de mes thématiques : le « véhicule connecté et autonome » ainsi que les « services de mobilité ».

Nous travaillons également sur d’autres thématiques : Energie & Propulsion dont l’hydrogène, l’Industrie du Futur, les Matériaux innovants…

 

Pour répondre à la deuxième partie de votre question, l’électrification des véhicules est un des principaux leviers pour décarboner les transports. Mais celle-ci doit s’accompagner dans le même temps d’un fort déploiement des bornes de recharge équipées de nouveaux services associés.

C’est ce que permet DELMONICOS avec sa solution blockchain « DELMONICOS INSIDE » qui simplifie l’expérience utilisateur des bornes de recharge. En effet, tous les possesseurs de VE connaissent bien ces problématiques de prix (assez opaques, voire chers) ou d’accès aux bornes, les obligeant à multiplier les badges proposés par les eMSP.

Être rejoint par DELMONICOS, c’est donc intégrer un acteur supplémentaire afin de créer un écosystème fort de l’électromobilité dans nos deux régions.

 

 

  • Selon vous, que faut-il faire pour développer l’écosystème du VE ?

SH : En premier lieu, il faut éduquer le grand public. Le véhicule électrique (VE) soulève de nombreuses questions avec des avis contradictoires. Je pense en particulier à l’empreinte carbone du VE par rapport au véhicule thermique (VTh). Il est donc important de communiquer, de rappeler que sur l’ensemble du cycle de vie du véhicule (de l’extraction des matières premières, à la fabrication du véhicule, batterie incluse, en passant par l’usage et sans oublier le recyclage en fin de vie), les bénéfices climatiques des VE sont bien réels par rapport aux VTh au-delà d’un certain kilométrage (environ 40 000 km). C’est d’autant plus vrai que la production d’électricité est décarbonée comme en France.

Un « bémol » tout de même sur le poids des véhicules ; les constructeurs proposent des véhicules de plus en plus lourds (pour une plus grande autonomie embarquée), cela signifie que plus le véhicule est lourd, moins les bénéfices sont réels.  Selon moi, il est important donc que les constructeurs produisent des VE plus légers et moins énergivores.

 

Des interrogations se posent également au sujet de la pollution de l’air : je rappelle qu’il n’y a pas d’émissions de polluants à l’échappement (Nox et particules fines) sur un VE.

Reste la pollution liée aux particules fines émises par les freins et les pneus. Comme les VE sont en général plus lourds, l’abrasion des pneus au niveau du sol est plus importante que pour les VTh. En revanche, grâce aux dispositifs de récupération d’énergie, les plaquettes et les freins sont moins sollicités et produisent moins de particules fines.

Ainsi, en comptabilisant, l’ensemble des particules fines issues des freins, des pneus et de l’échappement, le VE reste moins polluant qu’un VTh.

 

Pour ce qui est du déploiement du VE, je note trois freins :

Le premier est celui du prix, étroitement lié au prix du pack batterie (environ 30% du prix du VE). Même si une étude datant de mai 2021 (Association Transport & Environnement) montre que le prix du pack batterie a été divisé par 5 en 7 ans (de 668 $ / kWh en 2013 à 137 $ / kWh en 2020), le prix du VE reste cher. Cette même étude prévoit une baisse de prix du pack batterie à l’horizon 2026 / 2027 pour les VE (véhicules particuliers, véhicules utilitaires) et donc une parité sur le prix d’achat VE – VTh à cet horizon.

Les constructeurs devront réduire leurs coûts avec la création des « gigafactory ». L’effet volume, la technologie de la batterie ainsi que l’optimisation du process d’assemblage devraient contribuer à cette baisse de prix tant attendue.

 

Par ailleurs, il est important de rappeler que le coût d’un véhicule ne se résume pas qu’à son prix d’achat, il faut tenir compte de l’énergie, l’assurance, l’entretien. Les dernières études réalisées (ARVAL, Car Cost Index 2021) montrent que pour un kilométrage de 30 000 km/an pendant 4 ans, le TCO (coût total de possession) en France est très favorable à l’électrique sur la plupart des segments ! Nous sommes donc sur la bonne voie.

 

Le second frein est l’autonomie des véhicules. Même si la moyenne de kilomètres parcourus est d’environ 35 à 40 Km par jour, les automobilistes peuvent être frileux à l’idée de devoir recharger leur véhicule plusieurs fois pour parcourir de longues distances (pour partir en vacances notamment). Il faut que les mentalités évoluent, que les conducteurs planifient leurs longs trajets et profitent du temps de recharge du véhicule pour réduire la fatigue et le stress.

 

Enfin le dernier frein est le nombre de points de recharge. Fin avril 2022, ce nombre est à peu près de 60 000 ouverts au public en France, selon l’AVERE. Nous sommes loin des 100 000 points de recharge annoncés pour fin 2021 par le gouvernement. Néanmoins, la hausse est significative (+ 55% en 1 an).

Aussi, il est nécessaire de mettre en place plus de bornes rapides le long des grands axes autoroutiers et d’en simplifier l’usage avec une solution comme « DELMONICOS inside » !

Un maillage plus fin sur le territoire incitera les constructeurs à stopper la course à l’autonomie, aux grosses batteries et donc aux surpoids des véhicules.

 

 

FL : Sébastien a tout dit et surtout bien résumé l’état de l’art du VE. Pour ma part je pense que pour développer l’écosystème du VE, il faut lever 4 barrières :

  1. Avant tout et je rejoins Sébastien, il faut « Éduquer » et « faire essayer le VE » au plus grand nombre, les particuliers comme les professionnels qui vont être confrontés à la loi LOM. La réponse est majoritairement donnée par les constructeurs automobiles à travers des journées portes ouvertes ou simplement par les reportages de journalistes aguerris qui font des essais.
  2. On parle souvent du prix d’un VE comme un point bloquant et comme l’a bien expliqué Sébastien, il ne faut pas seulement considérer le coût d’achat initial mais l’ensemble de ce que coûte le VE : son usage, entretien, etc… à travers son cycle de vie. Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, le prix d’achat d’un véhicule électrique n’est parfois pas plus élevé que celui d’un véhicule thermique. Si l’on considère les aides de l’état disponibles actuellement pour l’achat d’un véhicule électrique, la facture s’allège. Le bonus écologique octroyé pour l’achat d’un véhicule électrique neuf s’élève jusqu’à 6000 €. A cela, peut s’ajouter la prime à la conversion allant jusqu’à 5000 €, ou encore la surprime ZFE (Zone Faible Émission) de 1000 €. Au total, ce sont près de 12 000 € de réduction sur le prix de départ. Mon conseil est donc de se renseigner auprès du concessionnaire pour savoir si ces aides sont disponibles !
  3. L’autonomie est un « faux sujet », 90% du temps les véhicule sont parkés et les conducteurs ne font pas plus de 40Km/jour. Il est vrai que lors de départ en WE ou pendant les vacances, cela nécessite un changement d’habitude. Le maître mot est « l’anticipation ». Bien charger son VE avant le départ et planifier son voyage avec les arrêts et points de recharge bien identifiés.
  4. Ce qui m’amène à parler du dernier élément : le déploiement et l’accès aux bornes de recharge. Même si le maillage des bornes ne cesse de se développer, l’accès et le coût de la recharge reste compliqué, si l’on n’est pas possesseur d’une Tesla qui, en itinérance, trouvera toujours sur son parcours une station de bornes dédiée. Cela dit, Tesla a commencé à les ouvrir aux autres marques et son expérience de recharge est le nec plus ultra, une expérience sans accrocs et sans complexité en « plug & charge ». Utilisateurs de VE depuis quelques années, c’est probablement la recharge qui est le plus anxiogène lorsque l’on n’est pas chez soi et en itinérance : aura-t-on accès à la borne ? Dispose-t-on du bon badge (je dispose au total de 8 abonnements…) ? A quelle sauce va-t-on être mangé en terme tarifaire ?

 

Delmonicos est née de ce constat !! Faciliter l’accès aux bornes de recharge sans complexité pour n’importe quel conducteur de VE, souhaitant se recharger sur n’importe quelle borne. Le tarif est alors défini par le « Pompiste », à savoir le propriétaire de la borne, autrement appelé l’aménageur. Delmonicos est donc un réel levier pour faciliter le déploiement du VE.

 

  • Franck, que vous apporte un organisme comme le PFV pour l’activité et le développement de Delmonicos ?

FL : La première réponse qui me vient à l’esprit c’est : « ne pas se sentir seul grâce aux échanges réguliers que nous avons avec les membres du PVF ». Doté d’experts, le PVF a pour mission d’accompagner, de conseiller les entreprises dans leur développement, que ce soit en région ou sur le plan national et international.

 

Également, grâce à son réseau très large, le PVF facilite la mise en relation avec les acteurs du secteur. J’en profite pour remercier Véronique Nardi, Bruno Grandjean, Sébastien Humbert et tous les membres du PVF pour leur disponibilité, leurs conseils et leurs nombreuses mises en relation ou invitation à participer à des évènements, AaP. Cela nous permet à chaque fois de mettre en lumière la solution Delmonicos auprès d’entreprises susceptibles d’être intéressées.

Leur vision globale de l’écosystème est un atout majeur pour une Startup qui démarre et qui souhaite faire la promotion de sa solution. La labellisation du PVF est également capitale pour l’obtention de financement. C’est pour cela que Delmonicos a suivi toutes les étapes et a pu obtenir ce label en présentant sa solution devant un comité d’experts chevronnés. Notre ambition est de répondre à un sujet très sensible qui permettra, nous l’espérons, l’accélération de cette transition écologique vers un monde zéro émission, tout en développant la région Grand-Est.

 

 

Demain, que peut-on attendre encore de votre collaboration ?

SH : Comme Franck Vient de l’évoquer, le Pôle a labellisé le projet « DELMONICOS Inside » le 10 mai 2022, projet qui met en avant les techniques numériques au service de l’électromobilité, en réponse à l’appel à projets I- DEMO. Le Pôle met aussi en avant cette solution disruptive au travers de mises en relation, d’évènements. Je viens, par exemple, de mettre en contact Franck avec EDF/région Grand Est. Une réunion s’est déroulée cette semaine.

Le Pôle est par ailleurs en contact avec de nombreuses écoles et laboratoires de recherche sur la thématique de la mobilité électrique. A ce titre, L’INSA Strasbourg recherchait des acteurs (industriels) pour une intervention lors d’un webinaire sur les technologies blockchain et intelligence artificielle. J’ai proposé la société DELMONICOS à l’INSA qui a retenu la startup. Franck interviendra fin mai 2022, lors de ce webinaire destiné aux industriels.

 

Un autre évènement est prévu. DELMONICOS est speaker le 14 juin à Metz à l’occasion d’une table ronde que j’animerai sur la thématique « De l’automobilité à l’e-mobility , véhicules et infrastructures de recharge » lors du Forum Tomorrow in Motion. Un évènement organisé par le Pôle Véhicule du Futur et la CCI Grand Est, dans le cadre d’un programme européen INTERREG, accueillant des acteurs de l’automobile de la Grande Région (Sarre, Rhénanie-Palatinat, Lorraine, Luxembourg, Wallonie) et des régions voisines (Alsace, Bade Wurtemberg, Champagne-Ardenne…). Sont par ailleurs prévus 4 plénières, 8 tables rondes, des rendez-vous B2B, un espace d’essais de véhicules, une soirée de réseautage, des visites d’entreprises…

Cet évènement sera l’occasion de mettre en avant la solution « DELMONICOS INSIDE ».

Et il y aura certainement d’autres évènements à venir courant 2022 et 2023.

 

Ensuite je pense au développement international de DELMONICOS, par une participation au SIIVIM 2023 qui leur permettrait de se développer particulièrement au Québec et au Canada. Dans cette même perspective, il ne faut pas non plus négliger les appels à projet du programme européen Horizon Europe ainsi que le programme EIC accelerator qui éventuellement permettraient d’obtenir des financements. Ou bien encore le réseau EACN (European Automotive Cluster Network), dont le président est Bruno Grandjean (directeur général du Pôle Véhicule du Futur), qui est un interlocuteur de la Commission européenne pour discuter des questions concernant l’industrie automobile.

 

 

FL : Je rejoins totalement Sébastien, notre collaboration a commencée immédiatement. Sans doute aussi parce que le feeling est très bien passé avec PVF et ses équipes. Nous avons la même vision, la même envie. C’est tellement plus simple.

Pour rappel, nous avons déjà réalisé :

  1. Interview vidéo afin de présenter la solution Delmonicos Inside aux adhérents du PVF
  2. Nous sommes labellisés PVF
  3. Nous participons à des évènements comme : la table ronde à Tomorrow in Motion / Webinaire INSA etc.
  4. Et d’autres à venir comme peut-être notre prospection vers le Canada à travers SIIVIM 2023

 

En fait, nous n’en sommes qu’au début de notre histoire et nous avons déjà beaucoup progressé avec et grâce au PVF qui nous a ouvert son réseau. D’un autre côté, Delmonicos met en avant son expertise sur les différents sujets de la Blockchain, l’IA et bien évidemment l’interopérabilité des bornes afin de créer un réseau de bornes de recharge universel non seulement sur le territoire national, mais à l’international.

 

 

Plus d’infos sur Delmonicos : https://www.delmonicos.tech

Plus d’infos sur le PVF : https://www.vehiculedufutur.com